Résumé
La décision est au cœur du métier de réanimateur. Elle est partie intégrante de son activité au quotidien. Cet exercice s’avère d’autant plus difficile lorsque, en période de crise sanitaire, les médecins sont confrontés à une majoration du flux des patients en inadéquation avec la capacité d’accueil en réanimation. Il est nécessaire de s’interroger sur les mécanismes qui entrent en jeu dans cette démarche de décision. L’analyse étymologique aide à une meilleure compréhension de ces mécanismes. Décider n’est pas choisir. On ne peut réduire la décision à un calcul mathématique. L’angoisse, l’incertitude font partie intégrante de ce processus. Les récents travaux sur les biais cognitifs ainsi que la recherche en neurosciences ont mis l’accent sur sa profonde complexité. Le partage de décision, exercice bien développé en soins critiques, permet de soulager en partie du fardeau qu’elle représente. Si les avantages de ce partage sont indéniables, il ne faut pas en négliger ses inconvénients. Elle reste un fardeau indispensable car témoin de l’engagement du soignant envers le soigné et de l’expression de sa responsabilité morale. Le fardeau est une charge que l’on porte, que l’on assume. S’il pèse dans la décision, il lui apporte aussi toute sa valeur. Décider c’est soigner. L’avènement de nouvelles technologies pourrait considérablement modifier l’approche décisionnelle. Il est nécessaire, en amont, de définir ce que représente la décision en réanimation afin d’intégrer au mieux ces technologies sans se positionner comme technolâtre ou technophobe mais plutôt technosophe.
Mots-clés : Prise de décision · soins intensifs · éthique clinique · sciences cognitives
Abstract
The decision-making process is of paramount importance for the critical care physician and is an integral part of his everyday life. Stress, frustration, and sometimes anger, occur when, during a pandemic, the flow of patients increases, and does not match any more the capacities of the intensive care unit (ICU), and selection of patients become unavoidable. There is a lack of knowledge on the decision-making process in this setting. Etymological analyses may help understanding the underlying mechanisms. Deciding is different from choosing and is not limited to a mathematical algorithm. Anxiety and uncertainties are part of the decision process. Recent researches in neurosciences and on cognitive biases have emphasized the profound complexity of the decision-making process in a critical care setting, including during the Covid-19 pandemic. Discussing and sharing the decision, a well-developed practice in critical care medicine, may help alleviating the committed physician’s burden. Daily decision is part of care and the advent of new technologies may alter the critical care physician’s responsibilities. It is therefore urgent to disentangle the decision-making process in the ICU before integrating these new technologies. Our goal, as caregivers, is to position ourselves as technosophes and not as technophiles or technophobes.
Keywords: Decision making · ICU · Ethics · Clinical nurse specialist