Résumé
De nombreux états critiques, qu’ils soient d’origine infectieuse ou non, s’associent à une réponse inflammatoire aigue. L’immunité innée constitue la première ligne de défense contre l’agression, et caractérisée par sa mise en jeu rapide et non spécifique. Une activation excessive et dérégulée de l’immunité innée joue un rôle central dans la survenue des dysfonctions d’organes qui conduisent les patients en réanimation et participant à la survenue d’une morbi-mortalité précoce. Elle participe aussi à la survenue de dysfonctions immunitaires et facilitant la survenue d’infections secondaires et d’une morbi-mortalité plus tardive. Cette revue a pour but d’expliquer la physiopathologie de cette réponse immunitaire innée, les déterminants qui peuvent conduire à sa dérégulation. Ainsi, si l’immunomodulation est une piste prometteuse dans de nombreuses pathologies critiques, cette revue rappelle la complexité de trouver les meilleures cibles thérapeutiques, imposant de mieux appréhender l’hétérogénéité des réponses, selon le type d’agression, les caractéristiques de l’hôte et le timing de la prise en charge. Aussi, une meilleure compréhension des voies de régulation de cette réponse a permis de développer de nouveaux concepts comme l’immunothrombose, l’immunométabolisme et l’épigénétique, qui pourraient aboutir au développement de nouvelles thérapeutiques capables de restaurer l’homéostasie au cours des états d’agression aiguë. Ainsi, le réanimateur est plus que jamais, incité à s’intéresser à la réponse immunitaire innée.
Mots-clés : immunité innée · réanimation · états critiques · inflammation
Abstract
Many critical states, whether infectious or not, are associated with an acute inflammatory response. Innate immunity is the first line of defense against aggression, and is characterized by its rapid, non-specific activation. Excessive, dysregulated activation of innate immunity plays a central role in the development of organ dysfunctions that lead to patients being admitted to intensive care, and in early morbi-mortality. It also plays a key role in immune dysfunctions, facilitating secondary infections and later morbi-mortality. The aim of this review is to explain the pathophysiology of this innate immune response in various situations encountered in intensive care, the determinants that can lead to its deregulation, and the regulatory pathways involved. While immunomodulation is a promising avenue of treatment for many critical diseases, this review highlights the complexity of finding the best therapeutic targets, and the need to better understand the heterogeneity of responses, depending on the type of aggression, host characteristics and timing of treatment. A better understanding of the regulatory pathways of this response has led to the development of new concepts such as immunothrombosis, immunometabolism and epigenetics, which could lead to the development of new therapeutics capable of restoring homeostasis during states of acute aggression. More than ever, intensivists are therefore encouraged to take an interest in the innate immune response.