Résumé

L’augmentation des gradients veinoartériel et tissuartériel en CO2 (Pv-aCO2 et Pt-aCO2) est un phénomène régulièrement retrouvé dans des travaux expérimentaux ou des études cliniques sur les défaillances circulatoires. Les valeurs de ces deux gradients dépendent essentiellement de la perfusion tissulaire. Au cours des états de choc, une production de CO2 « anaérobie » survient par tamponnement des ions H+ produit en excès, mais cette production ne contrebalance pas la diminution simultanée de la production du CO2 « aérobie ». L’augmentation du CO2 tissulaire et veineux ne s’explique donc pas par une augmentation de la production de CO2 mais par une diminution de la perfusion avec accumulation du CO2 dans les tissus et le réseau veineux. Dans les états de choc septique, la physiopathologie peut associer un débit cardiaque élevé et une hétérogénéité des perfusions tissulaires par altération de la microcirculation. Dans cette situation, un gradient de Pv-aCO2 < 6 mmHg (en complément d’une saturation veineuse en oxygène [SvO2] > 70 %) témoigne d’une hémodynamique centrale restaurée et constitue un objectif thérapeutique, mais la persistance d’un gradient de Pt-aCO2 élevé reflète une anomalie de la microcirculation avec hypoperfusion tissulaire résiduelle. L’ensemble de ces points est très largement illustré dans la littérature par de nombreux travaux expérimentaux ou cliniques confirmant que les gradients de PCO2 reflètent l’état de la perfusion macro- et microcirculatoire au cours des états de choc. Leur facilité d’acquisition à partir de prélèvements sanguins usuels et/ou à l’aide d’appareils de monitorage de moins en moins invasifs devrait promouvoir leur popularisation et leur utilisation dans la pratique clinique quotidienne.

Abstract

The increase in venous to arterial and tissue to arterial PCO2 differences (Pv-aCO2 and Pt-aCO2) is a constant result found in experimental and clinical studies on circulatory failure. The value of these two gradients depends on the tissue perfusion. In patients with cardiovascular failure, an “anaerobic” CO2 production occurs by buffering H+ ions produced in excess; however, this production cannot offset the simultaneous decrease in “aerobic” CO2 production. The increase in venous and tissue CO2 can no longer be explained by an increase in CO2 production but rather by hypoperfusion, with lower CO2 clearance creating an accumulation of CO2 in the tissues and the venous system. In septic shock, the pathophysiology could associate high cardiac output after initial resuscitation and tissue perfusion heterogeneity by alteration of the microcirculation. In this situation, aPv-aCO2 gradient < 6 mmHg (together with a SvO2 > 70%) represents a therapeutic goal to restore the macrocirculation; however, the persistence of a high Pt-aCO2 gradient reflects an abnormality in microcirculation with residual tissue hypoperfusion. All these points are well illustrated in the literature by several experimental and clinical studies, confirming that PCO2 gradients reflect themacro-and microcirculatory perfusion in shock states. As easily measured in blood samples or using less and less invasive monitoring devices, their use should be promoted and popularized for daily clinical practice.