Résumé
Les épanchements pleuraux sont fréquents en réanimation. Ils sont associés à une augmentation de la durée de ventilation mécanique et de la durée de séjour sans qu’une relation de causalité ne puisse être affirmée. L’intérêt du drainage systématique des épanchements pleuraux est controversé chez les patients ventilés, du fait de l’absence de données définitives sur le rapport bénéfice/risque. Les épanchements abondants sont associés à une perte importante de volume pulmonaire et altèrent la mécanique respiratoire. Après drainage, l’amélioration de l’oxygénation et de la mécanique respiratoire est inconstante dans les études. Il est possible que ces effets puissent être retardés et secondaires à une augmentation progressive du volume pulmonaire, ce qui expliquerait une partie des discordances. Cet effet est probablement modeste chez les patients présentant un syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA). Il n’existe pas d’étude randomisée permettant d’évaluer l’intérêt du drainage pour réduire la durée de ventilation mécanique ou la durée de séjour en réanimation. Cependant, les risques liés au drainage pleural (pneumothorax, hémothorax) sont faibles si l’opérateur est entraîné et aidé de l’échographie. Les éléments en faveur d’un drainage sont la présence d’un épanchement abondant à l’échographie (≥25 mm de distance interpleurale télé-expiratoire prédisant un volume de liquide ≥500 mL), l’absence de SDRA et un risque de complications modéré (conditions de ventilation, risque hémorragique).
Abstract
Pleural effusions are common in the critically ill patients. They are associated with an increase in the duration of mechanical ventilation and intensive care unit (ICU) length of stay, but a causal relationship cannot be ascertained. Systematic drainage of pleural effusion in mechanically ventilated patients is controversial because of lack of definitive data on the risk/benefit ratio. Large pleural effusions are associated with a significant loss of lung volume and an alteration in respiratory mechanics. After drainage, improvement in oxygenation and respiratory mechanics is inconsistent across studies. These effects may be delayed and secondary to progressive lung volume expansion, which could explain some of the discrepancies among studies. This effect is likely to be modest in patients with acute respiratory distress syndrome (ARDS). There are no randomized studies to assess the interest of pleural drainage in reducing the duration of mechanical ventilation or length of ICU stay. However, the risks of pleural drainage (pneumothorax, hemothorax) are low if the operator is trained and assisted by ultrasound. Arguments in favor of pleural drainage include a large effusion on ultrasound (endexpiratory interpleural distance ≥25 mm, predicting an effusion volume ≥500 mL), absence of ARDS, and a low risk of complications (ventilatory conditions, hemorrhagic risk).